La naissance de l'homéopathie

© Thierry Ollivier
 
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Il y a 200 ans, en Allemagne, Samuel Hahnemann jetait les bases de l’homéopathie. De nombreux émules reprirent, par la suite, ses travaux, notamment en France, sans jamais parvenir toutefois à apaiser les passions engendrées par la doctrine du génial précurseur.

 

La légende dorée de l’homéopathie est née du récit autobiographique de son père fondateur, Christian Friedrich Samuel Hahnemann. Ce récit d’une vie laborieuse et tourmentée a donné lieu à de nombreux embellissements apocryphes. Certains disciples du maître n’ont pu s’empêcher en effet de broder autour de cette existence exemplaire pour construire une véritable mythologie. Mais en définitive, la véritable personnalité du fondateur de l’homéopathie demeure fort peu connue.

 

Un étudiant exemplaire

Samuel Hahnemann est né en 1755, à Meissen, petite ville de Saxe se dressant non loin de Dresde. Sans être pauvre, la famille ne vit pas dans l’aisance. Le père est peintre sur porcelaine, et ne fait pas de très bonnes affaires, mais il veille à l’éducation de son fils. Le petit Samuel est un enfant attentif qui montre de réelles capacités pour l’apprentissage des langues. Distingué par ses professeurs, il obtient une bourse qui lui permet de poursuivre ses études secondaires.

A vingt ans, il achève sa scolarité par une dissertation latine sur La Curieuse Construction de la main, mémoire qui révèle sa vocation profonde : il veut être médecin. Pour atteindre son but, il lui faut quitter ses parents et s’installer à Leipzig, ville universitaire, où il étudie tout en travaillant, la nuit, à diverses traductions qui lui permettent de subvenir à ses besoins.

Après avoir séjourné à Vienne afin de parfaire sa formation dans les hôpitaux de la capitale autrichienne, il se voit proposer la place de bibliothécaire et de médecin privé auprès du gouverneur de Transylvanie , terre germanique depuis le traité de Karlowitz (1699). Durant son séjour, Hahnemann est initié à la maçonnerie et goûte, pour la première fois dans son existence, à un certain luxe et une certaine douceur de vivre.

Mais l’ennui le guette aussi. Il possède une trop forte personnalité pour se satisfaire d’une existence monotone, aussi facile soit-elle. La nécessité de soutenir sa thèse de doctorat lui permet d’échapper à un emploi qui ne l’intéresse plus. Le voici maintenant à Erlangen, ville bavaroise voisine de Nuremberg. En àpeine six mois, il y parfait ses connaissances médicales et peut soutenir sa thèse dès le mois d’août 1779.

 

Une médecine décevante

Muni de son diplôme, le docteur Hahnemann exerce en plusieurs endroits la médecine de son temps : saignées, clystères, quelques préparations médicamenteuses pour la plupart inefficaces. En 1781, le voici à Dessau, ville princière située entre Leipzig et Magdebourg. Féru de chimie et de minéralogie, il s’initie également à la préparation des remèdes dans l’officine du pharmacien Hasseler. Ce dernier a une fille adoptive prénommée Henriette, plutôt effacée mais plutôt jolie aussi. Les deux jeunes gens ne tardent pas à s’éprendre l’un de l’autre.

En 1782, leur union est célébrée. Après avoir exercé quelques temps dans la petite ville de Gommern, Hahnemann, poussé par son épouse, décide de tenter sa chance à Dresde. Il s’y fait une petite clientèle et visite aussi les hôpitaux. Il a même le loisir de pratiquer des expériences de chimie dans les vastes laboratoires de la ville. Cependant, il demeure profondément insatisfait. La médecine qu’on lui a enseignée et qu’il pratique sans enthousiasme le déçoit chaque jour davantage. Trop d’empirisme, pas assez de résultats. C’est le temps des doutes, des angoisses, voire des accès de désespoir. Au fond de lui-même, il pressent qu’il faut réinventer la thérapeutique, reconsidérer les rapports entre l’organisme malade et les remèdes censés le guérir.

 

Au détour d’une page

En 1789, alors que la France bascule dans le tumulte, Hahnemann fait sa propre révolution intérieure. Il ne peut continuer à pratiquer une médecine à laquelle il a depuis longtemps cessé de croire. Aussi revient-il à Leipzig avec femme et enfants et abandonne-t-il sa pratique pour se consacrer uniquement à des travaux de traduction. Commence alors une période difficile pour la famille Hahnemann, contrainte de loger dans une seule pièce à Stötteritz, faubourg pauvre de la ville.

Or, un soir de 1790, alors qu’il est occupé à traduire le livre Materia Medica d’un médecin écossais fort réputé, Cullen, son attention est attirée par l’article traitant du quinquina. Hahnemann ne peut admettre ce qu’il lit, à savoir que, dans la fièvre, l’écorce de quinquina agirait par l’intermédiaire de ses propriétés toniques sur l’estomac. Hahnemann, en effet, a contracté la fièvre tierce alors qu’il se trouvait en Transylvanie. Ayant consommé de fortes quantités de quinquina, il a constaté que, loin de lui fortifier l’estomac, elles ont provoqué un début de gastrite. Faut-il penser que Cullen est dans l’erreur ?

Pour répondre à cette interrogation, l’idée lui vient d’expérimenter les effets de la drogue sur lui-même. Bien qu’il soit en parfaite santé, il absorbe donc de fortes doses de quinquina, plusieurs jours de suite et deux fois par jour. Très vite, il ressent des troubles analogues aux signes du paludisme : froideur des extrémités, palpitations cardiaques, tremblements, maux de tête. Cependant, Hahnemann note lui-même qu’il ne ressent pas « le frisson particulier de l’accès pernicieux ». Le symptôme spécifique de la crise paludéenne fait donc défaut, manquement étonnant pour une expérience censée fonder un nouveau système mais que, curieusement très peu de personnes souligneront par la suite.

Hahnemann est en effet convaincu par son essai et il note à la page 108 du tome II de l’ouvrage de Cullen, cette phrase qui est véritablement l’acte de naissance de l’homéopathie : « des substances qui provoquent une sorte de fièvre coupent les diverses variétés de fièvre intermittente », autrement dit, « la fièvre soigne la fièvre ». Hahnemann vient de trouver le premier principe de sa nouvelle thérapeutique : la loi des similitudes.

À dire vrai, et Hahnemann a été le premier à le reconnaître, l’idée n’était pas totalement nouvelle. De prestigieux prédécesseurs avaient déjà entrevu cette possibilité, sans pour autant l’ériger, comme le fera le génial médecin allemand, en clé de voûte d’une nouvelle thérapeutique.

 

De prestigieux aînés

Le premier de ces devanciers n’est autre qu’Hippocrate, le père de la médecine, qui enseignait déjà quatre siècles avant Jésus-Christ que les semblables pouvaient guérir les semblables. L’école hippocratique insistait également sur les relations étroites existant entre l’homme et le monde ambiant. L’organisme humain est un tout indivisible issu du cosmos, un microcosme dépendant du macrocosme. En même temps chaque homme possède son propre potentiel de forces original, son tempérament, son terrain. Le Grec de Cos soulignait aussi le rôle salutaire de la nature, qui tend à faire évoluer spontanément le malade vers la guérison. Or, tous ces grands préceptes hippocratiques se retrouvent, sous une forme ou sous une autre, dans la doctrine hahnemannienne.

Nul doute qu’à Leipzig, Hahnemann, déçu par la science de son temps, a cherché dans les auteurs anciens le secret perdu. Nul doute qu’il a relu Hippocrate bien sûr, mais aussi les médecins arabes et enfin et surtout Paracelse.

Philippus Theophrastus Bombast von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse, était à la fois médecin, astrologue et alchimiste. Homme du seizième siècle, personnage controversé de son vivant, il symbolise pourtant parfaitement le passage de la pensée magique à la pensée scientifique. Habité lui aussi par la vieille idée mystique des correspondances entre la nature et le corps humain, il en fit la base de sa thérapeutique, reprenant à son compte la fameuse théorie des signatures.

Évoluant à la frontière du génie et de la folie, il nous a également laissé dans certains de ces textes, à travers les arcanes d’un hermétisme suranné, une première esquisse du principe de similitude : « Sel, Mercure et Soufre… les maladies individuelles peuvent toutefois être provoquées par l’un ou l’autre de ces trois principes. Le Mercure provoque et guérit certains ulcères. Les éruptions cutanées sont dues au fluide salin et soignées par le Sel. Ce qui brûle comme le feu, les fièvres, vient du Soufre et est vaincu par le Soufre ».

 

Vers l’établissement d’une nouvelle doctrine

Toutefois, ce qui distingue Hahnemann de ses illustres aînés, c’est l’expérimentation. Fort de la foi qu’il porte à la valeur de sa découverte et de l’influence que sa personnalité lui confère sur ses proches, il les incite à se prêter à des essais sur leurs propres personnes. Il s’agit pour lui d’étudier sur lui-même, sa famille et ses amis, les symptômes provoqués par les principales substances pharmacologiques connues à l’époque. Ces expérimentations pathogénétiques sur l’homme sain le conduisent bientôt à généraliser ses premières observations.

Enthousiaste, il reprend ses consultations dans le but de mettre en pratique ce qui n’est encore qu’une théorie. Les résultats obtenus sur des organismes malades semblent dépasser ses propres attentes. Il persuade alors Hufeland, médecin réputé et directeur du plus grand journal médical d’Allemagne, d’y publier en 1796 son « Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales ». Cette fois, l’homéopathie est officiellement née. Hahnemann ne s’arrête pourtant pas là. Il a dans l’idée d’essayer sur des malades certains toxiques aussi dangereux que l’arsenic ou les sels de mercure. Néanmoins, pour éviter tout accident, il imagine de les diluer, puis de diluer encore la dilution ainsi obtenue, et cela plusieurs fois de suite. Ainsi, comme le souligne M. Rouzé, la technique de fabrication des médicaments se trouve codifiée. En mêlant une part de la substance active à 99 parts d’excipient, on obtient la première centésimale hahnemannienne. Hahnemann va jusqu’à la trentième centésimale ; certains de ses disciples iront bien au-delà.

C’est là le deuxième principe de l’homéopathie, l’infinitésimalité, introduit au départ uniquement pour des questions de prudence et qui sera seulement justifié du point de vue thérapeutique dans un second temps, avec l’introduction de la notion de dynamisation. Enfin, le troisième principe dégagé parHahnemann, dit de globalité, consiste à considérer l’organisme dans son unité à la fois physique et psychique, et non plus en fonction de la seule maladie.

 

Le succès malgré tout

Si Hahnemann peut éprouver quelque satisfaction devant le travail déjà accompli et les résultats obtenus, toutes les difficultés ne sont pas aplanies pour autant.

Sur le plan politique d’abord, l’époque ne favorise guère les recherches et les échanges scientifiques. Au gré des alliances qui se concluent contre l’impérialisme galopant de Napoléon, l’Autriche et la Prusse se retrouvent tour à tour au cœur de la tourmente.

À cette période d’incertitude politique, correspond un temps d’instabilité dans la vie d’Hahnemann. Lui qui n’a jamais su rester en place et qui durant toute sa vie aura connu pas moins de soixante-six domiciles, reprend ses pérégrinations. Cherche-t-il à propager sa doctrine ou se trouve-t-il déjà en butte aux premières critiques ?

Certains historiens penchent plutôt pour la seconde hypothèse et affirment que les autorités médicales commencent à reprocher à Hahnemann sa pratique non conventionnelle, attaques qui le privent peu à peu de clientèle. Difficile cependant de trancher avec certitude.

Ce qui est certain en revanche, c’est que Henriette supporte de plus en plus mal la vie que lui fait mener un mari trop accaparé par sa quête d’absolu.

Mme Hhnemann est une femme simple, qui n’aspirait qu’à une existence tranquille de femme de notable, dans une petite ville de province. Au lieu de cela, la voici contrainte de faire des prouesses pour nourrir et soigner ses enfants en gérant au mieux les maigres ressources du ménage.

Comble de malheur, Ernest, son petit dernier, meurt des suites d’un accident. La voiture qui transportait la famille s’est en effet renversée au cours d’un des nombreux déménagements.

Peu à peu, une certaine lassitude s’empare d’Henriette. Elle ne la quittera plus.

Mais Samuel Hahnemann n’est pas homme à renoncer devant l’adversité. Il profite d’une résidence plus prolongée que d’ordinaire à Torgau pour rédiger plusieurs ouvrages importants.

En 1805, paraissent à Leipzig les Fragments, recueil qui contient les pathogénésies de vingt-sept drogues qu’il a expérimentées sur lui-même et ses proches. Parmi elles, des toxiques comme l’aconit, l’arsenic, la belladone, le mercure, la noix vomique…

En 1806, c’est la première somme doctrinale : La Médecine de l’expérience, développée et rééditée en 1810 sous le titre L’Organon de la médecine rationnelle. Puis, en 1819, il rend public L’Organon de l’art de guérir, qui deviendra la bible des homéopathes.

Durant les années qui suivent, le maître commence à recruter des disciples dans de nombreuses villes allemandes et étrangères. Parmi eux un certain comte napolitain nommé Des Guidi dont nous aurons l’occasion de reparler. C’est aussi à cette époque que les attaques contre la nouvelle thérapeutique se font les plus virulentes. Les médecins traditionnels trouvent un renfort de choix auprès des apothicaires, hostiles à Hahnemann car celui-ci recommande à ses élèves de préparer eux-mêmes leurs remèdes.

En 1820, un tribunal de Leipzig interdit au médecin allemand la préparation et la vente de médicaments. Qu’à cela ne tienne ! Hahnemann accepte la protection du duc Ferdinand d’Ahnalt-Koethen, franc-maçon comme lui, et devient son principal conseiller médical. À Koethen, il peut enfin se livrer à ses travaux tout en bénéficiant d’une sécurité matérielle qui lui a toujours fait défaut jusqu’ici. Il continue d’écrire articles et ouvrages théoriques.

 

Dissidences et contestations

Lorsque paraît en 1828 son Traité des Maladies chroniques où il expose ses conceptions nouvelles en matière de terrain et développe la notion de diathèses homéopathiques, sa carrière est au zénith. En dépit des nombreuses oppositions à ses idées, celles-ci ne cessent de gagner du terrain. Bientôt Hahnemann reçoit des missives d’encouragement et de félicitations en provenance de toute l’Europe.

De nouveaux nuages apparaissent pourtant à l’horizon. C’est que les disciples d’Hahnemann sont de plus en plus nombreux et donc difficilement contrôlables. Si certains lui témoignent le respect dû au père fondateur et respectent à la lettre sa doctrine, d’autres s’écartent de la stricte orthodoxie. Certains refusent de suivre le maître sur la voie des hautes dilutions qui prêtent trop le flanc, selon eux, à la critique des esprits rationalistes. D’autres n’hésitent pas à alterner remèdes homéopathiques et médicaments traditionnels, voire à les associer. Différentes écoles, on peut même parler de chapelles, voient le jour. À chacune, Hahnemann adresse des critiques virulentes. Hors de son propre enseignement, point de salut !

Parallèlement, les adversaires de « l’extérieur » ne désarment pas. Bien au contraire ! Il faut dire qu’au moment où Hahnemann achève l’exposé de sa doctrine, la médecine occidentale s’engage sur un chemin diamétralement opposé. Le temps du clystère, du latin de cuisine et des bonnets pointus appartient au passé.

Dorénavant, la médecine s’intéresse à l’étiologie, cherche à combattre les causes des maladies. Elle s’appuie sur les progrès de la science. C’est l’époque où un Laënnec invente le stéthoscope, où un Claude Bernard se met à appliquer la méthode expérimentale aux fonctions de l’organisme.

Face à cette nouvelle médecine rationaliste et résolument tournée vers l’avenir, Hahnemann apparaît comme un homme du passé, qui puise ses références chez Hippocrate et Paracelse. Et puis n’a-t-il pas fondé sa théorie sur la recherche de la similitude des symptômes en déclarant nettement que la recherche des causes de la maladie était sans intérêt ?

 

Une fin romanesque

En 1830, la fidèle mais résignée Henriette meurt. Ce n’est pas, loin s’en faut, le seul malheur familial qui touche Hahnemann. Des onze enfants que son épouse lui a donnés, trois sont morts en bas âge et quatre de ses filles ont déjà disparu, parfois dans des circonstances dramatiques. Une première est assassinée dans son jardin, une autre est retrouvée noyée dans un étang. Quant à son unique fils survivant, il court le monde sans jamais donner la moindre nouvelle. Hahnemann vit donc, entouré de ses deux dernières filles, dans une semi-retraite, consacrant davantage de temps à ses collections de pipes et d’horloges qu’à l’homéopathie.

C’est alors que survient un ultime rebondissement dans cette vie autrefois mouvementée mais qui semble s’éteindre doucement comme un feu qu’on n’entretient plus. L’histoire tient à la fois du journal à scandale et du roman à l’eau de rose. En 1835, une jeune Parisienne, Mélanie d’Hervilly, force pratiquement la porte d’Hahnemann pour obtenir une consultation. C’est une femme libre, cultivée et intelligente, qui a lu L’Organon et qui veut à tout prix rencontrer son auteur.

Hahnemann fait plus que lui donner satisfaction, puisqu’au grand dam de ses filles, il épouse Mélanie. La jeune femme a trente-quatre ans, le vieil homme a dépassé les quatre-vingt printemps. Pour éviter le scandale, les époux s’échappent de nuit, en secret, et prennent le chemin de la France. Afin de suivre sa dulcinée, Hahnemann a abandonné tous ses biens derrière lui, même ses chères horloges.

À Paris, Mélanie se charge des relations publiques de son mari. Elle lui obtient rapidement le droit d’exercer et, pendant huit ans, le vieux maître pourra alterner consultations et soirées mondaines. Parvenu au faîte des honneurs, il finit par succomber à une mauvaise bronchite en 1843.

 

Les continuateurs français

Curieusement, c’est à un Italien que l’on doit pour une bonne part l’introduction de l’homéopathie en France. Sébastien Gaétan Salvador Maxime Des Guidi  est un noble napolitain qui s’est réfugié à Lyon en 1799, afin d’échapper à sa condamnation à mort en Italie pour ses idées libérales. Reçu docteur ès sciences, il soutient en 1820 une thèse de médecine et commence à exercer dans un pur respect des traditions.

Un brusque événement va alors décider de sa vocation homéopathique.

En 1828, la comtesse Des Guidi est guérie d’un mal réputé incurable par un médecin homéopathe. Frappé par cette guérison inespérée, Des Guidi décide d’apprendre « la nouvelle médecine ». Il se rendra jusqu’en Allemagne pour suivre l’enseignement de Samuel Hahnemann.

De retour à Lyon, en 1830, il pratique l’homéopathie et fait rapidement école, tant sa personnalité et son sérieux imposent le respect. En 1839, se crée, à son initiative, la « Société Homéopathique Gallicane ».

Parmi ses élèves, nombreux sont ceux qui vont s’illustrer par la suite : Benoît Mure, le lyonnais missionnaire qui propage à son tour l’homéopathie en Égypte et au Brésil ; les Suisses Dufresnes et Peschier qui fondent La Bibliothèque Homéopathique, première revue homéopathique de langue française ; le docteur Gallavardin qui crée à Lyon le premier hôpital homéopathique…

Dans le reste du pays aussi l’homéopathie gagne du terrain. Parmi les noms des continuateurs les plus illustres, citons, à la fin du XIXe siècle médecins des hôpitaux Tessier et Jousset. Puis, à partir de 1912 et jusqu’après la guerre, Léon Vannier, qui fait un travail considérable pour adapter la doctrine d’Hahnemann aux données médicales modernes.

Aujourd’hui, malgré tous ces efforts, 200 ans après les premiers écrits fondateurs, l’homéopathie suscite toujours les controverses.

Thérapeutique de l’avenir ou égarement du passé ? Vraie médecine ou simple croyance ? Chacun est libre de se forger sa propre opinion, de faire son choix. Un choix qui a été rendu possible par l’incroyable ténacité d’un seul homme : Christian Friedrich Samuel Hahnemann.

 

Pour en savoir plus

J. Baur, Homéopathie, quelques pages d’histoire, 1981.

D. Demarque, Homéopathie, médecine de l’expérience, 1982.

M. Rouzé, Mieux connaître l’homéopathie, Editions de la Découverte, Paris, 1989.

B. Lebeau, « L’abbé Chaupitre, un pionnier de l’homéopathie en Bretagne », Bull. et Mém. Soc. Archéol. Ille-et-Vilaine, n° 90, 1988.

L’avenir en héritage, 1993, brochure des laboratoires Boiron.




 

« Charivari et homéopathie »

 

En 1841, Louis Huart, rédacteur en chef du Charivari, fait paraître un petit livre intitulé Physiologie du Médecin* qui lui permet d’exercer sa verve à l’encontre de la médecine de son temps. Bien entendu, l’homéopathie qui fait alors figure de simple mode dans l’esprit du public n’est pas épargnée. Qu’on en juge plutôt : « Vous avez un léger rhume, et désirant vous en débarrasser, vous allez trouver un médecin homéopathe. Que fait notre Hippocrate ? Il vous administre une drogue qui vous procure une énorme fluxion de poitrine, et une fois que vous êtes guéri de ladite fluxion de poitrine (si vous en guérissez), vous vous trouvez complètement délivré de votre maladie primitive. C’est miraculeux ! ».

Quant aux rapports entretenus entre pharmaciens et homéopathes, Louis Huart s’en fait une idée toute personnelle : « Je crois fermement que la doctrine homéopathique a été inventée primitivement par un médecin qui se sera vu refuser la main de la fille d’un apothicaire ; et c’est de la colère de cet amant furieux qu’est né le système qui doit ruiner à tout jamais ces établissements philanthropiques où l’on vend du réglisse et du séné à huit cents pour cent de bénéfice…

On n’aurait pas trop à se plaindre de cela si par malheur les petits, les infiniment petits paquets de poudre blanche ne coûtaient pas aussi cher que les grandes bouteilles de drogues de l’ancien système ! »

 

* Réédité par les Editions Louis Pariente, Paris, 1989.

Eric Fouassier


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