L'Amour médecin

L'Amour médecin ; © FDD
L'Amour médecin
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Le monde moderne commence avec le XVIIe siècle. Cependant, les remèdes de l’époque, extraits des règnes végétal, minéral et animal, ne correspondent pas toujours aux progrès de la chimie et de la thérapeutique. La thériaque est l’antidote universel, la pratique de la saignée et du clystère sont les remèdes à tous les maux et si ces traitements ne suffisent pas, on peut se procurer des drogues débitées par les charlatans et les marchands d’orviétan.

Parmi les montreurs d’animaux et de curiosités et les prestidigitateurs, des vendeurs d’élixirs et d’onguents envahissent le Pont-Neuf à Paris. À grand renfort de spectacle et de musique, ces charlatans aux costumes extravagants bravent les lois et vendent leurs remèdes miracles. Tabarin vendait ainsi des opiats, du romarin, mais aussi un onguent contre la brûlure, dont il a lui-même éprouvé les effets lors de sa « descente aux enfers ».

Parmi tous les remèdes secrets, l’orviétan est le plus ancien et le plus célèbre. Électuaire inventé à la fin du XVIe siècle par Lupi, originaire d’Orvieto en Toscane, il est importé à Paris au début du XVIIe siècle par un charlatan nommé Hieronymo Ferranti ou Fioranti, qui dressait ses tréteaux dans la cour du Palais.

Molière connaît ces opérateurs, bateleurs et pseudo-empiriques et le célèbre Tabarin lui servira de modèle pour le personnage de Scapin. Certains détracteurs de l’auteur racontent même qu’il aurait appris à jouer la comédie avec deux charlatans, Barry et l’Orviétan.

Dans L’Amour médecin, comédie ballet, on retrouve le vendeur d’orviétan auquel s’adresse Sganarelle, mécontent des quatre médecins qui soignent sa fille Lucinde :

Acte II, scène 7

Sganarelle - Holà. Monsieur, je vous prie de me donner une boîte de votre orviétan, que je m’en vais vous payer.

L’Opérateurchantant. - L’or de tous les climats qu’entoure l’Océan
Peut-il jamais payer ce secret d’importance ?
Mon remède guérit par sa rare excellence,
Plus de maux qu’on n’en peut nombrer dans tout un an.
La gale,
La rogne,
La tigne,
La fièvre,
La peste,
La goutte,
Vérole,
Descente,
Rougeole.
Ô ! grande puissance de l’orviétan !

Sganarelle - Monsieur, je crois que tout l’or du monde n’est pas capable de payer votre remède : mais pourtant voici une pièce de trente sols que vous prendrez, s’il vous plaît.